La loi AGEC fixe un objectif de 10 % de réemploi des emballages mis sur le marché d’ici 2027. L’Observatoire national du réemploi et de la réutilisation, piloté par l’ADEME, situait ce taux à 1,82 % en 2024. L’écart entre les engagements affichés par les marques françaises et la réalité mesurée de la filière packaging reste considérable.
Taux de retour des contenants : le vrai goulet d’étranglement du réemploi
Les marques qui communiquent sur le réemploi se concentrent sur le choix du matériau ou le design du contenant. Le premier bilan de l’expérimentation ReUse montre que l’expérience d’achat est bien évaluée par les consommateurs, mais que le retour des emballages reste incomplet.
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Le passage à l’échelle ne dépend pas du flacon ou du pot. Il dépend de la logistique inverse : points de collecte, fréquence de récupération, lavage industriel, remise en circuit. Sans infrastructure de retour fiable, un emballage réutilisable devient un emballage à usage unique plus lourd et plus coûteux qu’un jetable classique.
Pour le secteur beauté, cette contrainte est amplifiée. Les formats sont petits, les matériaux variés (verre, aluminium, plastique rigide), et les volumes par référence souvent insuffisants pour justifier une boucle logistique dédiée. Nous observons que les marques qui progressent réellement sur le réemploi sont celles qui mutualisent leur collecte avec d’autres acteurs de la filière, pas celles qui lancent un programme propriétaire isolé.
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Règlement européen PPWR et objectifs français 3R : ce qui change pour les packagings beauté
Le règlement européen sur les emballages et déchets d’emballages (PPWR) entre en application à partir d’août 2026. Il impose des obligations communes à tous les États membres : taux minimaux de contenu recyclé, restrictions sur certains formats d’emballages à usage unique, critères de recyclabilité effective.
En parallèle, le ministère de la Transition écologique prépare de nouveaux objectifs français « 3R » pour la période 2026-2030 (réduction, réemploi, recyclage). Ces objectifs viendront s’ajouter au cadre européen, pas s’y substituer.
Pour les marques cosmétiques françaises, cela signifie deux couches réglementaires superposées. Un packaging conforme au droit français ne sera pas automatiquement conforme au PPWR, et inversement. Les équipes packaging doivent anticiper les deux calendriers simultanément.
Emballages professionnels : un angle mort jusqu’en 2027
La filière de responsabilité élargie du producteur (REP) pour les emballages professionnels doit entrer en vigueur le 1er janvier 2027 en France. Jusque-là, les cartons de transport, films de palettisation et calages utilisés en B2B échappent largement aux obligations qui pèsent sur les emballages destinés au consommateur final.
C’est un point que les communications RSE des marques passent sous silence. Une marque peut afficher un flacon en verre recyclé tout en expédiant ses produits dans du plastique expansé non recyclable. L’emballage visible du consommateur ne représente qu’une fraction de l’impact total de la chaîne packaging.
Plastique recyclé, biosourcé, allégé : hiérarchiser les approches par impact réel
Trois stratégies dominent les annonces des marques françaises en matière de packaging responsable. Elles ne se valent pas.
- Réduction à la source : diminuer le grammage ou supprimer un suremballage reste la mesure la plus efficace en termes d’impact environnemental. Moins de matière, c’est moins de transport, moins de traitement en fin de vie, moins d’énergie consommée à chaque étape.
- Incorporation de plastique recyclé post-consommation (PCR) : le bénéfice est réel mais dépend du taux effectif d’incorporation et de la disponibilité du gisement. La demande en PCR de qualité cosmétique dépasse l’offre, ce qui tire les prix vers le haut et pousse certains fournisseurs à mélanger des grades inadaptés.
- Matériaux biosourcés (PLA, canne à sucre, amidon) : leur fin de vie pose problème. La plupart ne sont pas compostables en conditions domestiques et perturbent les filières de tri classiques quand ils sont mélangés aux plastiques pétrosourcés.
Nous recommandons de lire les fiches techniques des fournisseurs avant de prendre pour argent comptant un packaging étiqueté « bio » ou « végétal ». Le terme biosourcé n’implique ni biodégradabilité ni recyclabilité.

Encres, colles et étiquettes : les composants oubliés du packaging éco-responsable
Un flacon en verre recyclé collé avec un adhésif non soluble dans l’eau compromet le recyclage de l’ensemble. Les encres UV utilisées sur de nombreux étuis carton contiennent des photoinitiateurs qui migrent dans les fibres et limitent leur réutilisation en papeterie.
Les marques les plus avancées sur le sujet travaillent sur trois leviers simultanés :
- Encres à base végétale ou encres à l’eau, compatibles avec le désencrage industriel
- Colles hydrosolubles pour les étiquettes, qui se dissolvent dans le process de lavage ou de recyclage
- Suppression des complexes multicouches (films laminés associant plastique et aluminium), impossibles à séparer dans les centres de tri actuels
Un emballage n’est recyclable que si chacun de ses composants l’est. L’affichage « recyclable » sur un produit dont l’étiquette ou la colle bloque le process industriel relève au mieux de l’approximation, au pire du greenwashing.
Marquage et information du consommateur
Depuis janvier 2022, la signalétique Triman accompagnée de l’info-tri est obligatoire sur les emballages ménagers en France. Cette obligation a poussé de nombreuses marques à revoir leurs packagings, parfois en simplifiant les matériaux pour pouvoir afficher une consigne de tri claire.
C’est un effet indirect de la réglementation qui a produit plus de résultats concrets que bien des chartes volontaires. La contrainte réglementaire reste le moteur principal du changement dans la filière emballage, loin devant les engagements spontanés.
Le cadre va se durcir avec le PPWR et les nouveaux objectifs 3R. Les marques françaises de beauté qui n’ont pas encore engagé une refonte technique de leur packaging, au-delà du discours marketing, disposent d’une fenêtre de mise en conformité qui se réduit rapidement.